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Lexique bouddhiste — Vocabulaire du zen sôtô

  • 1 août 2023
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Ce lexique rassemble les principaux termes du bouddhisme zen sôtô utilisés au dojo. Les mots sont issus du japonais, du sanskrit ou du pali selon leur origine. Chaque définition s’appuie sur la pratique telle qu’elle est transmise dans la tradition de l’école Sôtô.

Ango (japonais)

Retraite intensive de pratique, traditionnellement de 90 jours, héritée des périodes de réclusion monastique en Inde pendant la saison des pluies. Dans l’école Sôtô occidentale, l’ango se déroule souvent sur quelques semaines ou mois dans un monastère. Il constitue une étape importante dans l’approfondissement de la pratique.

Bodhi (sanskrit)

L’Éveil, la réalisation de la nature profonde de la réalité. Dans la tradition zen sôtô, l’éveil n’est pas un état futur à atteindre : zazen est lui-même la pratique de l’éveil (shikantaza).

Bodhisattva (sanskrit)

« Être d’éveil ». Dans le bouddhisme Mahayana, le bodhisattva est celui qui aspire à l’éveil non pour lui-même mais pour le bénéfice de tous les êtres. Les quatre vœux du bodhisattva sont récités dans les dojos zen.

Bonsho (japonais)

Grande cloche de temple, suspendue dans un pavillon séparé et frappée avec un bélier de bois. Son son grave et profond résonne loin à la ronde pour appeler à la pratique ou marquer les moments importants de la journée monastique. Dans la tradition zen, le son de la bonsho est lui-même un enseignement sur l’impermanence et la réalité de l’instant.

Busshô (japonais)

Nature de Bouddha. La nature profonde, pure et inatérable présente en chaque être. Dans le zen sôtô, zazen est la manifestation directe de cette nature — non un moyen de l’atteindre.

Chosan (japonais)

Littéralement « rencontre du matin ». Entretien informel autour d’une tasse de thé, permettant des échanges entre pratiquants et enseignant dans un cadre détendu, distinct du mondo. Pratiqué notamment à Kanshoji.

Dharma (avec majuscule) (sanskrit)

Avec majuscule, le Dharma désigne l’enseignement du Bouddha, la Loi universelle, la Voie. Il est l’un des Trois Joyaux (Bouddha, Dharma, Sangha). Pratiquer le Dharma, c’est mettre en acte l’enseignement dans sa vie quotidienne.

dharma (sans majuscule) (sanskrit)

Sans majuscule, dharma désigne un phénomène, une chose, un élément de l’expérience. Les dharmas sont les constituants élémentaires de la réalité perçue — impermanents, interdépendants, dépourvus d’existence propre. La distinction majuscule/minuscule est une convention adoptée dans les traductions occidentales pour clarifier le sens.

Dojo (japonais)

« Lieu de la Voie ». Salle de pratique du zen, où se tient zazen. Par extension, la communauté de pratiquants réunie autour d’un enseignement. Un dojo n’est pas un club de méditation : c’est un espace de pratique du Dharma.

Dukkha (pali)

La souffrance, l’insatisfaction fondamentale de l’existence conditionnée. Première des Quatre Nobles Vérités enseignées par le Bouddha. Le terme ne désigne pas uniquement la douleur, mais la qualité d’instabilité et d’incomplétude inhérente aux phénomènes.

Gassho (japonais)

Geste de salut consistant à joindre les paumes des mains devant la poitrine, doigts tendus, coudes horizontaux. Expression de respect, de reconnaissance et de non-dualité. Utilisé au dojo pour saluer l’autel, le maître, les autres pratiquants et la salle.

Genmai (japonais)

Bouillie de riz complet traditionnellement servi au petit-déjeuner dans les monastères zen. Le genmai est préparé et consommé en silence, comme toute nourriture au dojo. Il symbolise la simplicité et la gratitude envers ce qui nous est donné. Dans les sesshins, le repas du matin en oryoki commence souvent par le genmai.

Hara (japonais)

Centre vital situé dans le bas-ventre, sous le nombril. Dans le zen, la posture de zazen doit être ancrée dans le hara — centre de gravité physique et spirituel. La respiration descend naturellement dans cette zone en zazen.

Impermanence (pali : anicca)

L’une des trois caractéristiques fondamentales de l’existence selon le Bouddha : tout ce qui est conditionné est impermanent (anicca), insatisfaisant (dukkha), dépourvu d’un soi fixe (anatta). La pratique de zazen nous invite à accueillir l’impermanence plutôt qu’à la fuir.

Interdépendance (sanskrit : pratityasamutpada)

L’une des notions fondamentales du bouddhisme : rien n’existe de façon isolée ou par soi-même. Chaque phénomène apparaît en dépendance de conditions multiples et disparaît quand celles-ci se dissipent. Cette vision de la réalité dissout l’illusion d’un moi séparé et fixe. En zazen, l’interdépendance se vit directement : le souffle, la posture, le silence partagé avec la sangha — tout est lié.

Jukai (japonais)

Cérémonie de réception des préceptes bouddhistes par un pratiquant laïc. Lors du jukai, le pratiquant reçoit un nom zen (homyo) et un rakusu cousu de ses propres mains. Il s’engage formellement dans la Voie.

Kannon (japonais / sanskrit : Avalokiteshvara)

Bodhisattva de la compassion, l’un des plus vénérés du bouddhisme Mahayana. Son nom japonais signifie littéralement « celui qui perçoit les sons du monde ». Kannon incarne la compassion infinie qui entend la souffrance de tous les êtres et y répond. Dans les dojos zen, une statuette ou calligraphie de Kannon orne souvent l’autel.

Karma (sanskrit)

Littéralement « acte » ou « action ». Tout acte volontaire — physique, verbal ou mental — produit des effets. Le karma n’est pas un destin figé mais une dynamique de cause à effet, que la pratique peut transformer.

Kesa (japonais)

Robe monastique bouddhiste, héritée du vêtement porté par Shakyamuni. Symbole de la transmission et de l’ordination. Les moines et nonnes zen portent le kesa lors des cérémonies. Le rakusu est une forme réduite du kesa portée par les laïcs.

Kimono (japonais)

Vêtement traditionnel japonais à larges manches, croisé sur la poitrine et noué avec une ceinture (obi). Dans le contexte du dojo zen, certains pratiquants portent une version simplifiée du kimono sous le kesa ou le rakusu. Le kimono ordinaire ne doit pas être confondu avec les vêtements de pratique formels (koromo, kesa).

Kinhin (japonais)

Marche méditative pratiquée entre deux périodes de zazen. Le pas est lent, les mains jointes en shashu devant la poitrine, l’attention portée sur chaque mouvement du pied. Le kinhin est zazen en mouvement — non une pause ou une détente.

Koromo (japonais)

Robe de pratique noire à larges manches portée par les moines et nonnes zen au dojo, lors de zazen et des cérémonies. Le koromo est revêtu par-dessus les vêtements ordinaires. Il symbolise le dépouillement de soi et l’entrée dans la pratique. Les laïcs portent généralement des vêtements sombres et amples, sans le koromo.

Kusen (japonais)

Enseignement oral donné par le maître durant zazen. Le kusen est prononcé à mi-voix, sans interrompre la pratique. Il ne s’adresse pas à l’intellect mais résonne dans le corps et l’esprit du pratiquant assis. C’est l’une des formes d’enseignement les plus caractéristiques du zen sôtô.

Kyosaku (japonais)

Bâton plat utilisé par l’ino ou le maître pour frapper les épaules des pratiquants en zazen, avec leur accord. Ce contact n’est pas une punition : il libère les tensions musculaires, réveille l’attention et rappelle à la posture juste.

Mahayana (sanskrit)

« Grand véhicule ». L’un des deux grands courants du bouddhisme (avec le Theravada). Le Mahayana, dont le zen est issu, insiste sur l’idéal du bodhisattva : l’éveil pour tous les êtres.

Manjushri (sanskrit)

Bodhisattva de la sagesse (prajna). Il est représenté tenant un glaive — symbole du discernement qui tranche les illusions — et un lotus sur lequel repose le Prajnaparamita soutra. Manjushri est la divinité tutrice du dojo zen : sa statue ou son image préside souvent la salle de zazen, face à laquelle on fait gassho en entrant.

Mondo (japonais)

« Échange de questions et réponses ». Entretien formel entre un pratiquant et le maître, au cours duquel des questions sur la pratique ou l’enseignement sont posées et commentées. Le mondo peut avoir lieu en public ou en privé.

Mujo (japonais)

Impermanence. Traduction japonaise du terme sanskrit anicca. L’acceptation de mujo — que rien ne dure, que tout change — est au cœur de la pratique zen.

Nirvana (sanskrit)

L’extinction de la souffrance et des passions, état de paix totale. Dans la pensée Mahayana, nirvana et samsara ne sont pas séparés : c’est au cœur même de la vie ordinaire que le nirvana peut être réalisé.

Oryoki (japonais)

« Ce qui contient juste ce qu’il faut ». Ensemble de bols de repas utilisés dans la pratique monastique zen. Le repas en oryoki est une pratique formelle, effectuée en silence, avec des gestes précis : déploiement des bols, service, nettoyage, rangement. Il exprime la gratitude envers la nourriture, la non-accumulation et la juste mesure.

Paramita (sanskrit)

« Perfection » ou « passage vers l’autre rive ». Les six paramita sont les vertus fondamentales de la voie du bodhisattva : 1. Dana — la générosité ; 2. Shila — la conduite éthique ; 3. Kshanti — la patience ; 4. Virya — l’ardeur ; 5. Dhyana — la méditation ; 6. Prajna — la sagesse transcendante. Le Soutra du Cœur chanté dans les dojos zen est une synthèse de la Prajna Paramita.

Préceptes / Kai (japonais)

Règles d’éthique et de conduite bouddhistes, reçues lors de la cérémonie du jukai. Les seize préceptes zen sôtô comprennent les Trois Joyaux, les Trois Préceptes purs (ne pas faire le mal, pratiquer le bien, agir pour le bien de tous) et les Dix Préceptes. Dans la tradition zen, les préceptes ne sont pas des commandements mais des expressions de la nature éveillée.

Rakusu (japonais)

Forme réduite du kesa, portée autour du cou par les pratiquants laïcs ayant reçu les préceptes (jukai). Le rakusu est cousu à la main par le pratiquant lui-même, selon un modèle précis symbolisant le champ labouré. Chaque point de couture est une pratique.

Samantabhadra (sanskrit)

Bodhisattva de la pratique universelle et de la bienveillance active. Son nom signifie « celui dont la bonté est universelle ». Samantabhadra est représenté monté sur un éléphant blanc à six défenses, symbole de la force tranquille et de la stabilité. Il symbolise la mise en acte des enseignements dans la vie quotidienne — ce qui en fait une figure particulièrement proche de l’esprit zen sôtô.

Samsara (sanskrit)

Le cycle des existences conditionnées, marqué par la souffrance, l’ignorance et le désir. Dans la pensée Mahayana, samsara et nirvana ne sont pas deux réalités séparées.

Samu (japonais)

Travail manuel pratiqué comme méditation : jardinage, cuisine, nettoyage, construction. Dans les monastères zen, le samu est inséparable de zazen — la pratique ne s’arrête pas au coussin.

Sangha (sanskrit / pali)

La communauté des pratiquants. Troisième des Trois Joyaux, avec le Bouddha et le Dharma. La sangha n’est pas seulement un regroupement social : elle est un soutien essentiel sur la Voie. Pratiquer ensemble, s’asseoir ensemble en silence, c’est déjà la sangha.

Sanpai (japonais)

Prosternation complète, les mains et le front touchant le sol. Le sanpai exprime l’humilité totale, l’abandon de l’ego devant le Bouddha, le Dharma et la Sangha. Au dojo, on effectue généralement trois sanpai en début et fin de zazen, devant l’autel.

Sentier octuple (pali : atthangika-magga)

La Quatrième Noble Vérité enseignée par le Bouddha : la voie qui mène à la cessation de la souffrance. Elle comprend huit aspects : 1. Compréhension juste ; 2. Intention juste ; 3. Parole juste ; 4. Action juste ; 5. Moyen d’existence juste ; 6. Effort juste ; 7. Attention juste (sati) ; 8. Recueillement juste (samadhi). Ces huit aspects ne sont pas des étapes successives mais huit dimensions d’une même pratique intégrée.

Sesshin (japonais)

« Rassembler l’esprit ». Retraite intensive de pratique, généralement de 5 à 7 jours, organisée au dojo ou au monastère. La journée est entièrement rhythmée par zazen, kinhin, repas en oryoki, samu et enseignements. Le silence est observé.

Shakyamuni (sanskrit)

« Sage du clan des Shakya ». L’un des noms du Bouddha historique, Siddhartha Gautama (env. 560-480 av. J.-C.). Après des années d’ascèse puis de méditation, il réalisa l’Éveil sous l’arbre de la Bodhi à Bodh Gaya.

Shikantaza (japonais)

« Simplement assis ». Expression introduite par Eihei Dôgen pour désigner la pratique de zazen dans sa pureté : s’asseoir sans chercher à obtenir quoi que ce soit, sans but, sans objet de méditation particulier. Le shikantaza n’est pas un moyen d’atteindre l’éveil — il est lui-même l’expression directe de l’éveil.

Shôbôgenzô (japonais)

« Trésor de l’œil du vrai Dharma ». Œuvre maîtresse du maître Eihei Dôgen (XIIIe siècle), composée de 95 fascicules. Texte fondateur de l’école Sôtô au Japon.

Sôtô (japonais)

L’une des deux principales écoles du zen japonais (avec le Rinzai). Fondée en Chine sous le nom « Caodong » et transmise au Japon par Eihei Dôgen au XIIIe siècle. Elle se caractérise par la pratique de shikantaza et par une attention particulière à la vie quotidienne comme lieu de réalisation.

Sutra / Soutra (sanskrit)

Texte sacré bouddhiste contenant les enseignements du Bouddha ou d’un bodhisattva. Le Soutra du Cœur (Hannya Shingyo) est récité dans les dojos zen du monde entier.

Teisho (japonais)

Conférence formelle donnée par le maître devant la communauté, généralement lors d’une sesshin. Le teisho diffère d’un cours académique : il émane de la pratique directe du maître et s’adresse à l’esprit profond de l’auditeur plutôt qu’à son intellect.

Tokudo (japonais)

Ordination monastique. Cérémonie par laquelle un pratiquant devient moine ou nonne zen, reçoit le kesa complet, prend un nom monastique et s’engage dans la vie de la Voie à titre permanent.

Trois Joyaux (sanskrit : Triratna)

Le Bouddha, le Dharma et la Sangha. Chaque séance de zazen commence traditionnellement par la prise de refuge dans les Trois Joyaux. Cette formule n’est pas un acte de foi en des entités extérieures, mais un rappel de ce que l’on est profondément.

Zafu (japonais)

Coussin rond et ferme utilisé pour s’asseoir en zazen. Le zafu surélève légèrement le bassin, permettant aux genoux de toucher le sol et à la colonne vertébrale de s’ériger naturellement. Il se place sur le zafuton. Il en existe différentes hauteurs selon la posture choisie (lotus, demi-lotus, seiza, burmane).

Zafuton / Zabuton (japonais)

Grand tapis rectangulaire et matelassé sur lequel on pose le zafu. Le zafuton amortit la pression des chevilles et des genoux sur le sol pendant zazen. Au dojo, chaque pratiquant a son propre espace délimité par le zafuton, face au mur.

Zazen (japonais)

« S’asseoir en méditation ». Pratique centrale du bouddhisme zen sôtô. Zazen consiste à s’asseoir en posture stable, immobile, les yeux mi-clos, la respiration libre et profonde, sans chercher à contrôler les pensées ni à obtenir un état particulier. Dans la tradition sôtô, zazen n’est pas un outil pour atteindre l’éveil : il est l’expression directe de la nature éveillée.

Zen (japonais)

Translittération japonaise du chinois « Chan », lui-même issu du sanskrit « Dhyana » (méditation). École du bouddhisme Mahayana née en Chine (VIe-VIIe siècle), transmise au Japon à partir du XIIIe siècle. Il se caractérise par l’importance centrale accordée à la pratique directe plutôt qu’à l’étude scripturaire.

Ce lexique est enrichi régulièrement. Des ressources complémentaires sont disponibles sur le site de Kanshoji : kanshoji.org

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